Approche complémentaire et maladie physique: à quoi peut servir le soin énergétique ?

Ce que la médecine conventionnelle fait très bien, et où elle trouve ses limites

La médecine conventionnelle est remarquable dans ce pour quoi elle a été construite : traiter les maladies aiguës, identifier des lésions, opérer, prescrire, sauver des vies. En situation d'urgence ou de maladie aiguë, elle n'a pas d'équivalent.

Sa limite est ailleurs, et elle est de plus en plus reconnue dans la littérature médicale elle-même.

Les maladies chroniques (diabète, maladies auto-immunes, douleurs chroniques, maladies cardiovasculaires, cancer au long cours) représentent aujourd'hui les premières causes de mortalité et de morbidité dans les pays développés [1]. Or, la médecine conventionnelle, pensée historiquement autour du modèle aigu (une cause, un traitement, une guérison), peine à répondre à leur complexité. Elle traite le plus souvent les symptômes et les conséquences plutôt que les causes profondes, qui sont multifactorielles, inscrites dans le temps, souvent liées aux modes de vie, aux relations, à l'histoire de la personne [2].

Il faut nuancer cette affirmation : des efforts considérables sont faits en médecine préventive, en éducation thérapeutique, en soins de support. Mais dans la pratique quotidienne, le système de soins reste majoritairement organisé autour de la maladie déclarée, davantage qu'autour de la personne qui la vit, ni autour de ce qui a pu la précéder.

Cette organisation génère un angle mort : tout ce qui se passe dans le corps avant que la maladie ne se déclare cliniquement, et tout ce que la personne vit subjectivement une fois qu'elle est malade, reste largement hors du champ de la prise en charge.


Un parcours à la frontière des deux mondes

Je suis médecin anesthésiste et algologue. Je travaille à l'hôpital, dans un contexte de médecine "evidence-based", au contact direct de la maladie aiguë et des pathologies chroniques les plus lourdes. L'anesthésie est une discipline de médecine aiguë par excellence, elle demande une présence totale, une rigueur technique constante, une capacité à gérer des situations qui ne tolèrent pas l'approximation. En parallèle, mon activité en algologie me confronte quotidiennement à des patients qui vivent avec une douleur chronique depuis des années, que les traitements conventionnels soulagent parfois partiellement, rarement complètement, et qui cherchent autre chose, sans toujours savoir quoi.

En parallèle, j'ai eu l'immense chance de suivre le parcours d'initiation et d'accompagnement à la Posture Juste, à l'École de la Posture Juste (EDLPJ), fondée par Thierry Janssen. Médecin de formation, urologue, il a notamment intégré les pratiques psycho-corporelles et une vision spirituelle de la santé, pour fonder une école qui propose précisément cette articulation entre rigueur médicale et approche de la personne dans sa globalité. C'est cette cohérence entre les deux mondes qui m'a profondément parlé.


Ce que la maladie fait vivre, et ce que la médecine cinventionnelle ne traite pas toujours

Recevoir un diagnostic de maladie chronique ou grave modifie profondément la relation à son propre corps. Le corps n'est plus un allié évident, il devient quelque chose qu'on surveille, qu'on craint, parfois qu'on combat. Cette transformation du rapport à soi-même, si elle n'est pas accompagnée, peut engendrer une souffrance qui s'ajoute à la maladie elle-même : anxiété, perte du sentiment de contrôle, fatigue existentielle, isolement, modifications profondes de l'identité.

Ce sont des réalités cliniques documentées. En oncologie, par exemple, 40 à 50% des patients présentent une détresse psychologique cliniquement significative, qui influence l'adhérence aux traitements et la qualité de vie [3]. Des études montrent que l'accompagnement de cette dimension subjective, indépendamment de toute action directe sur la tumeur, améliore les résultats cliniques, réduit les abandons de traitement et augmente les chances de survie [4].

C'est précisément pour répondre à ces besoins non couverts que le concept de "soins de support" a émergé en oncologie au début des années 2000, défini comme "l'ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, conjointement aux traitements spécifiques" [5]. Ces soins reconnaissent explicitement que traiter la maladie ne suffit pas : il faut aussi accompagner la personne qui la traverse.

Ce mouvement dépasse aujourd'hui l'oncologie et s'étend à l'ensemble des pathologies chroniques. L'OMS, dans sa nouvelle stratégie sur la médecine traditionnelle et complémentaire (2025-2034), note que 90 des 106 États membres interrogés ont désormais des politiques nationales relatives aux approches complémentaires, contre 25 seulement en 1999 [6].

Ce que le soin énergétique peut apporter, et ce qu'il ne prétend pas faire

Il faut être clair sur ce que le soin énergétique est et ce qu'il n'est pas dans ce contexte.

Il ne se substitue à aucune prise en charge médicale. Il ne prétend pas agir directement sur une tumeur, une inflammation ou une lésion organique. Toute personne atteinte d'une pathologie physique doit avant tout être suivie par le personnel médical compétent.

Ce que le soin énergétique peut offrir, c'est un accompagnement qui peut prendre plusieurs formes.

Un espace de relâchement profond, dans un corps souvent contracté par la douleur, la peur ou les traitements. La détente n'est pas un luxe : elle crée des conditions physiologiques différentes, et les personnes malades rapportent souvent qu'elle leur permet de "respirer" autrement, au sens propre et figuré.

Un accompagnement de la relation au corps. Quand la maladie génère une forme d'étrangeté ou d'hostilité envers son propre corps, le soin peut aider à retrouver un contact plus doux, moins défensif, avec ce corps qui souffre mais qui reste le sien.

Un soutien dans les transitions : avant ou après une chirurgie, pendant une chimiothérapie, dans la période de convalescence, ou simplement dans les moments de découragement qui ponctuent le long cours d'une maladie chronique.

Ce travail ne repose pas sur des preuves issues d'essais randomisés contrôlés, et cela ne devrait pas surprendre. Le design de ce type d'étude est pensé pour évaluer des interventions standardisées sur des critères objectifs mesurables. Le soin énergétique est par nature individualisé, non reproductible à l'identique, et ses effets se mesurent dans d'autres dimensions (qualité de présence, rapport au corps, vécu intérieur) qui résistent aux protocoles classiques. Ce n'est pas une faiblesse : c'est la caractéristique de toute approche centrée sur la personne plutôt que sur la maladie.

Comment cela s'articule en pratique

Pour une personne traversant une maladie physique, la démarche peut être envisagée de plusieurs façons.

Elle peut commencer par un soin énergétique, simplement pour expérimenter ce que cela fait, sans engagement, sans programme prédéfini. Le premier soin est aussi un temps d'échange pour comprendre la situation de la personne, ce qu'elle traverse, ce qu'elle cherche.

Elle peut s'inscrire dans un accompagnement ponctuel, autour d'une période particulièrement difficile (une annonce diagnostique, une période de traitement intense, une convalescence).

Elle peut aussi s'intégrer à un suivi plus régulier, en parallèle du suivi médical, comme un espace de soins de soi à part entière.

Dans tous les cas, cette démarche est complémentaire et non concurrente de la prise en charge médicale. Si des questions médicales émergent en séance, elles sont systématiquement renvoyées vers les professionnels de santé compétents. Ce cadre est non négociable.


Références

[1] World Health Organization. Noncommunicable diseases. Key facts. WHO; 2023. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/noncommunicable-diseases

[2] Arionget J. Integrative Medicine: Blending Conventional and Alternative Approaches. Research Invention Journal of Scientific and Experimental Sciences. 2025;5(1):24-29.

[3] Linden W, Vodermaier A, MacKenzie R, Greig D. Anxiety and depression after cancer diagnosis: prevalence rates by cancer type, gender, and age. J Affect Disord. 2012;141(2-3):343-351. doi:10.1016/j.jad.2012.03.013.

[4] Scotté F et al. Oncologie intégrative : état des lieux et place d'une consultation dédiée dans un centre de lutte contre le cancer. Bulletin du Cancer. 2022;111. doi:10.1016/j.bulcan.2022.09.004.

[5] Krakowski I, Boureau F, Bugat R et al. Pour une coordination des soins de support pour les personnes atteintes de maladies graves. Bull Cancer. 2004;91(5).

[6] World Health Organization. Policy implications of WHO's Global traditional medicine strategy 2025-2034. Geneva: WHO; 2025. PMC12578523.

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