Les 5 mouvements de notre personnalité

Cinq mouvements universels

Nous portons tous cinq structures caractérielles (cinq défenses) en nous, comme cinq petits personnages qui, ensemble, composent notre personnalité.

Ces cinq défenses correspondent à des réponses que tout être humain développe face à cinq peurs fondamentales de l'existence :
- la peur du contact (défense shizoïde)
- la peur de perdre le lien avec l’autre (défense orale)
- la peur de la trahison et de perdre le contrôle (défense psychopathique)
- la peur de devoir se soumettre (défense masochiste)
- la peur de ne pas pouvoir être authentique (défense rigide)

Ces peurs sont présentes en chacun de nous, à des degrés variables, et s'expriment différemment selon la structure dominante de notre caractère et notre histoire personnelle.

Cette conceptualisation, issue des travaux de Wilhelm Reich, développée par Alexander Lowen dans l'analyse bioénergétique [1], enrichie par John Pierrakos dans la Core Energetics [2] et par Barbara Ann Brennan dans son travail sur l'anatomie énergétique [3], a été synthétisée et reformulée par Thierry Janssen dans La Posture Juste [4].

Elles sont présentées ici non pas comme des diagnostics, mais comme des outils de reconnaissance, des patterns développés pour survivre à ce qui était trop difficile à porter autrement. Et comme des portes d'entrée vers ce qui demande à être travaillé.



1) La défense schizoïde

La structure schizoïde correspond à une blessure précoce, souvent prénatale ou périnatale : une expérience de non-bienvenue au monde, d'un environnement perçu comme fondamentalement hostile ou insuffisamment sécurisant au moment même de l'arrivée dans l'existence. La réponse adaptative est la déconnexion : le retrait du corps, la fuite dans la pensée, l'absence de lien.

La peur centrale est celle du contact [4]. Le mouvement défensif est un mouvement d'évitement. La tendance est à l'auto-exclusion, à la rêverie, à la fuite. Le masque est celui de la sérénité : une apparence de calme qui dissimule une absence de présence réelle. Le cœur est absent.

Sur le plan somatique, cette structure se traduit souvent par un corps peu habité : une tendance à la dissociation, une respiration superficielle, un contact corporel difficile à tolérer, une impression d'être "ailleurs" même lorsqu'on est présent. Ces personnes peuvent être d'une intelligence remarquable et d'une créativité profonde, mais éprouvent une difficulté fondamentale à s'ancrer dans le corps et dans la relation.

L’adaptation proposée: le schizoïde a besoin de s’ancrer, de revenir dans le corps, dans les pieds, dans la sensation, dans le présent. Le travail consiste à rendre progressivement tolérable le contact, à construire une présence incarnée là où il y avait déconnexion.



2) La défense orale

La structure orale se développe dans les premiers mois de vie, autour de l'expérience du nourrissage au sens large : la disponibilité affective, le lien et la réponse aux besoins fondamentaux. Nous avons tous, à divers degrés, éprouvé le biberon qui tarde à arriver[4]. Mais lorsque cette attente est chronique, lorsque la disponibilité est insuffisante ou profondément inconstante, l'enfant organise son rapport au monde autour de la peur de perdre le lien.

La peur centrale est la peur de perdre le lien [4]. Le mouvement défensif est un mouvement d'effondrement. Le masque est celui de l'“amour”, mais un amour qui est en fait de l’attachement, qui cherche à combler un manque. Le cœur est ouvert, mais en demande.

Cette structure s'exprime de deux façons en apparence opposées, mais qui relèvent de la même blessure. L'oral dépendant est ouvertement en demande (affectueux, fusionnel, parfois "pompant" pour l'entourage, incapable d’autosuffisance). L'oral hyperindépendant, lui, ne demande pas, non pas par force, mais par peur, tant ce serait s'effondrer de ne pas recevoir après avoir demandé ; il préfère ne jamais demander. Ce n'est pas parce que l'oralité s'exprime sur un mode indépendant qu'elle est absente, au contraire, c'est souvent là qu'elle est la plus organisatrice, la plus silencieuse, la plus difficile à repérer.

L’adaptation proposée : l’oral a besoin d’apprendre qu’il peut se remplir lui-même, que la source n’est pas seulement à l’extérieur. Le travail passe par le développement d'une autonomie intérieure, d'une capacité à s’auto-nourrir, à se soutenir, sans avoir à pomper l'environnement ni à faire semblant de ne pas en avoir besoin.



3) La défense masochiste

La structure masochiste se forme autour d'une expérience d'étouffement, une relation précoce où l'expression de soi et la colère étaient sanctionnés ou réprimés. Pour survivre dans cet environnement, l'enfant apprend à retenir : ses émotions, ses élans, son énergie.

La peur centrale est la peur d'être obligé de se soumettre [4]. Le mouvement défensif est un mouvement de fermeture, de contention. La tendance est à la dissimulation, à une colère non exprimée qui s'accumule sous une apparence de douceur et de compliance. Le masque est le masque de l'amour, trop gentil pour être vrai. Le cœur est ouvert, mais souffrant.

Les personnes chez qui ce trait de caractère est prépondérant ont souvent une grande endurance, une loyauté profonde, une attention remarquable aux besoins des autres. Mais elles portent un poids intérieur considérable et peinent à affirmer leurs propres besoins et à s'autoriser l'expression directe, particulièrement de la colère ou du désaccord. Sur le plan somatique, la structure masochiste présente souvent une tendance à l'embonpoint : le corps bloque, garde, résiste. Il retient l'énergie comme il a appris à retenir les émotions : par nécessité de survie, puis par habitude.

L’adaptation proposée : le masochiste a besoin d'apprendre à identifier et à dire clairement ses limites et ses besoins, à s'autoriser à exister pleinement, à prendre de la place, à exprimer ce qui est vrai pour lui sans craindre la sanction ou l'abandon.


4) La défense psychopathique

La structure psychopathique émerge autour de la question du pouvoir et de la trahison, une expérience précoce où faire confiance s'est révélé dangereux, où la vulnérabilité a été exploitée ou trahie. La réponse adaptative est le contrôle : contrôle de soi, contrôle des autres, contrôle de l'environnement.

La peur centrale est la peur de perdre le contrôle [4]. Le mouvement défensif est un mouvement vers l'extérieur, pour séduire, dominer ou culpabiliser. Ces variantes sont les composantes d'une même stratégie de mise à distance du danger relationnel. Le masque est celui du pouvoir. Le cœur est fermé envers les autres.

Sur le plan somatique, cette structure présente souvent un surdéveloppement de la partie supérieure du corps par rapport à la partie inférieure : un ancrage insuffisant dans les jambes, une énergie concentrée dans la tête et le thorax. Ces personnes peuvent être d'une grande efficacité, d'un charisme puissant, d'une intelligence stratégique remarquable, mais éprouvent une difficulté profonde à se laisser toucher et à s'appuyer sur autrui.

L’adaptation proposée : le psychopathe a besoin de s'ancrer, de descendre du mental et du contrôle vers le corps, les jambes, le sol, et d'ouvrir son cœur vers l'autre. Le travail passe par la reconstruction progressive d'une confiance dans la relation, par l'expérience que la vulnérabilité ne mène pas nécessairement à la trahison.


5) La structure rigide

La structure rigide se développe plus tardivement, autour de la question de l'authenticité et de l'acceptation. L'enfant a appris qu'il devait se conformer à des attentes, à des performances, à une image, pour être aimé ou accepté. L'adaptation consiste à maintenir le contrôle de soi, à être "bien", à ne pas se laisser déborder.

La peur centrale est la peur de ne pas être accepté tel qu'on est [4]. Le mouvement défensif est un mouvement de raidissement (de la colonne, du thorax, de l'ensemble de la posture). La tendance est à la honte, à la perte d'authenticité et de spontanéité. Le masque est celui de la sérénité, ici une sérénité performée, un contrôle de soi visible. Le cœur est fermé envers soi-même.

Sur le plan somatique, cette structure présente souvent une rigidité posturale nette, une tension du rachis, un diaphragme contracté qui limite l'amplitude respiratoire. Ces personnes peuvent être d'une grande fiabilité, d'une rigueur et d'une cohérence remarquables, mais éprouvent une difficulté à lâcher prise et à se laisser aller à ce qu'elles ressentent réellement.

L’adaptation proposée : le rigide a besoin de mettre du mouvement dans le corps, dans la posture, dans la respiration, et d'ouvrir son cœur vers lui-même. Le travail passe par la permission progressive d'être imparfait, spontané, réel : d'exister sans avoir à le mériter.


Une carte vivante, pas une prison

Ces cinq structures fonctionnent ensemble, elles entrent en interaction, se répondent, se compensent, en soi-même et dans les relations.

Certaines combinaisons sont fréquentes, avec par exemple un axe de non-vie schizoïde-rigide, ou encore un axe oral-maso-rigide, ou oral-psycho-rigide, une dialectique maso-psychopathe,…

Ces structures sont des patterns de survie, des organisations que le système corps-psyché a développées face à ce qui était trop difficile à traverser autrement. Elles ne disent rien de la valeur d'une personne. Elles disent quelque chose de son histoire, et de la manière dont cette histoire a été inscrite dans le corps.

Reconnaître ses structures dominantes, quand et comment elles s’activent, est un point de départ. Le travail psycho-corporel consiste précisément à rendre conscientes ces organisations automatiques, à les assouplir, à laisser progressivement de la place à ce qui est vivant en dessous, ce que Thierry Janssen appelle La Posture Juste, une posture qui nous permet de prendre soin au maximum de la vie en nous et autour de nous.

Quelques exemples

Chaque personne est unique, et deux individus partageant les mêmes structures dominantes ne vivront pas les mêmes expériences de la même façon. Mais il est remarquable de constater à quel point certaines combinaisons de structures reviennent fréquemment dans des processus que beaucoup reconnaissent.


L’exemple de la dynamique du burn-out

On y retrouve fréquemment une dynamique inter maso-rigide : le rigide impose en interne une exigence de perfection et de performance (il faut être à la hauteur, ne pas décevoir, maintenir l'image qu’on a de soi et que les autres ont de nous). Le masochiste, lui, s'y soumet : il accepte de taire ses limites, de négliger ses besoins, de se mettre au service de ce qu'il croit attendu de lui, jusqu'à l'épuisement.

Quand la dynamique a été trop loin et que le système ne peut plus tenir, une troisième structure entre en jeu : le schizoïde, comme seule issue disponible (la déconnexion brutale, l'arrêt, la fuite). Ce n'est plus un choix, c'est une capitulation du corps qui dit stop là où la volonté aurait continué.

Ce qui rend le burn-out si difficile à prévenir, c'est précisément cette mécanique : le rigide ne voit pas venir l'effondrement, et le masochiste ne dit pas qu'il souffre.


Un exemple de dynamique de couple

Le couple, avec ses dynamiques relationnelles, est un terrain d'expression privilégié de ces structures.

Prenons une configuration fréquente : un des partenaires peut exprimer une dominance orale (peur de perdre le lien). Pour se protéger de cette peur, il mobilise sa structure psychopathique (il cherche à contrôler la relation, à garder l'autre proche, à maîtriser ce qu'il ne peut pas supporter de perdre). Ce faisant, il enferme l'autre partenaire.

L'autre partenaire, se sentant étouffé, va réagir en activant ses propres défenses, en fonction de la structure de sa personnalité.
Il peut, par exemple, tomber dans son masochisme : il se tait, rentre sa colère, cesse de s'exprimer, se soumet à la dynamique pour maintenir un paix d’apparence. Inévitablement, une guerre froide se met en place, et le lien entre les deux partenaires en souffre.
Il peut également activer sa défense schizoïde et partir, soit de manière figurée (il se déconnecte, n’est plus vraiment présent, ne s’investit plus dans la relation), soit de manière littérale (il part et provoque la rupture).

La peur originelle de l'oral se retrouve alors d’autant plus activée : il a perdu le lien, il a été abandonné, il se sent trahi. Ses défenses se renforcent (“j’avais raison de croire que l’autre allait partir!”). C'est ce qu'on appelle une névrose : un fonctionnement qui provoque précisément ce qu'il cherche à éviter, et qui se renforce à chaque répétition, convaincu d'avoir raison de se défendre.

L'invitation du travail psycho-corporel est de rendre visible cette mécanique, pas pour la juger, mais pour qu'elle perde son caractère automatique. En identifiant les structures à l'œuvre, en apprenant à les reconnaître au moment où elles s'activent, il devient progressivement possible d'adopter des postures différentes, plus libres, plus choisies, plus vivantes.

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Références

[1] Lowen A. Bioenergetics. New York: Coward, McCann & Geoghegan; 1975.

[2] Pierrakos JC. Core Energetics: Developing the Capacity to Love and Heal. Mendocino, CA: LifeRhythm; 1990.

[3] Brennan BA. Hands of Light: A Guide to Healing Through the Human Energy Field. New York: Bantam Books; 1987.

[4] Janssen T. La Posture Juste. Paris : L'Iconoclaste ; 2020. 277 p. ISBN 9782378801687.

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Soin énergétique: ce qu’il est, ce qu’il n’est pas.